Le monde rural a toujours été le cœur économique et social des zones rurales, mais il cache aussi une réalité moins visible : une atmosphère qui change au rythme des tracteurs, des étables et des engrais. Pendant des années, l’agriculture et l’élevage ont travaillé en silence, soutenant des communautés entières, tandis que leurs émissions (ces « cheminées invisibles » du secteur primaire) modifiaient le climat sans que l’on en parle vraiment. Aujourd’hui, les inventaires d’émissions ne laissent plus de place au doute : le méthane provenant des ruminants, les oxydes d’azote émis par les sols agricoles et l’ammoniac issu de l’élevage intensif sont des éléments clés du puzzle climatique et de la qualité de l’air que respirent des millions de personnes dans les zones rurales et périurbaines.
À ces gaz s’ajoutent le CO2 et les composés organiques volatils, qui favorisent la formation d’ozone troposphérique et d’aérosols secondaires, causant des effets directs sur la santé. En d’autres termes : ce qui se passe dans les champs ne reste pas dans les champs.
Dans le même temps, la pression sociale et réglementaire s’intensifie afin que la production alimentaire soit traçable, mesurable et scientifiquement justifiable en termes d’émissions, tout au long de ses processus, depuis la fermentation entérique liée à la digestion des ruminants jusqu’à la gestion du fumier.
Comme l’a récemment souligné la chercheuse Nancy Harlet Esquivel Marín, une seule vache peut émettre entre 250 et 500 litres de méthane par jour, un chiffre qui illustre l’ampleur du défi auquel nous sommes confrontés lorsqu’on le multiplie par les millions de têtes de bétail dans le monde.
L’Union européenne utilise les programmes LIFE et Horizon pour démontrer que la réduction de l’ammoniac dans l’élevage est techniquement réalisable tout au long de la chaîne de gestion du fumier, avec des projets permettant de réduire les émissions de 60 % à 90 %, voire jusqu’à 95 % dans les élevages porcins équipés de systèmes avancés de surveillance et de réduction. Dans le même temps, la Commission souligne que le défi s’est déplacé de la faisabilité technique vers le financement, la mise à l’échelle et la levée des barrières économiques et réglementaires qui freinent une adoption massive par le secteur.
Cet article explore l’intersection complexe (et nécessaire) entre la production alimentaire, l’atmosphère et le bien-être, pour comprendre comment un secteur essentiel peut se transformer s’il choisit de mesurer, gérer et réduire ses émissions.
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Sources d’émissions dans l’élevage et l’agriculture
Du métabolisme animal à la manière de stocker le lisier ou d’appliquer les engrais aux cultures, chaque maillon de la chaîne de production agro-élevage émet des composés dans l’air qui peuvent désormais être mesurés avec précision et gérés selon des critères d’efficacité et de protection de la santé publique.
Nous examinerons ci-dessous les principales sources d’émissions de ce secteur primaire afin de comprendre pourquoi l’élevage et l’agriculture ne sont plus seulement des activités productives ou économiques, mais ont une incidence directe sur la situation atmosphérique mondiale.

Les émissions agro-élevage peuvent aujourd’hui être mesurées avec précision et gérées selon des critères d’efficacité et de santé publique.
Émissions naturelles issues du métabolisme animal
Le bétail domestique, étant ruminant, réalise une fermentation entérique lors de la digestion, transformant les fibres végétales en énergie ; un processus qui, toutefois, libère du méthane comme sous-produit, que l’animal expulse généralement par éructations. Plus de 90 % du méthane d’origine animale provenant des ruminants est généré par ce processus digestif, ce qui fait des bovins et ovins la principale source biogénique par rapport à des espèces comme les porcins, dont la contribution à l’altération climatique se concentre davantage sur la gestion du fumier.
Dans l’Union européenne, le méthane issu de la fermentation entérique représente 49 % des émissions agricoles de gaz à effet de serre (GES). Le N2O émis par les sols en représente 30 %, et le méthane provenant de la gestion du fumier environ 17 %. De plus, les émissions d’ammoniac, dont 90 % proviennent de l’agriculture, contribuent largement à la pollution de l’air et de l’eau en Europe.

La production alimentaire est directement liée à l’atténuation du climat et aux risques pour la santé publique.
Gestion du fumier et stockage du lisier
Lorsque les déjections animales sont stockées sous forme de fumier solide ou de lisier, la matière organique et les composés azotés se dégradent et émettent simultanément de l’ammoniac, du méthane et du dioxyde de carbone. Si l’on y ajoute des conditions environnementales de forte chaleur, une faible ventilation et de grandes surfaces exposées à l’air, favorisées par la fermentation anaérobie ou la volatilisation de l’ammoniac, les pics d’émissions augmentent dans les installations telles que les étables, les fosses et les bassins. Des mesures comme la couverture des zones de stockage, la séparation des phases de dégradation, l’acidification du lisier ou son orientation vers des systèmes de digestion anaérobie permettent de réduire considérablement les émissions tout au long du processus de gestion du fumier.
Utilisation d’engrais et travail du sol
En agriculture, l’application d’engrais azotés, qu’ils soient minéraux ou organiques, génère des émissions d’ammoniac (NH3) et d’oxydes d’azote (NO, NO2 et N2O) qui atteignent le sol et l’atmosphère, notamment lorsque les engrais sont appliqués en surface par temps sec et venteux. Le travail du sol, le passage de machines lourdes et la manipulation des sols secs soulèvent de la poussière agricole et des particules grossières (PM10), susceptibles d’être transportées sur des dizaines de kilomètres et d’augmenter les niveaux régionaux de particules. Dans des atmosphères riches en ammoniac, ces émissions interagissent avec d’autres précurseurs atmosphériques pour former des aérosols secondaires et favoriser la formation d’ozone troposphérique, augmentant ainsi les risques pour la santé publique et les écosystèmes.
Les activités agricoles ont contribué à hauteur de 87 % aux émissions totales d’ammoniac au Royaume-Uni en 2023, principalement en raison du fumier animal et des engrais azotés. Pommier, M. et al. (2025).

L’agriculture et les systèmes alimentaires ont un impact profond sur l’atmosphère.
Impacts des émissions d’élevage sur la qualité de l’air et le climat
Les émissions issues de l’élevage ne se limitent plus aux exploitations, elles constituent désormais un facteur déterminant de la qualité de l’air et du climat, avec des effets mesurables sur la santé humaine et l’équilibre des cycles du carbone et de l’azote. Ce qui se passe dans une étable, un bassin de lisier ou un champ fertilisé se retrouve souvent sous forme d’ammoniac, de particules fines ou de méthane dans l’atmosphère, reliant directement la production alimentaire à la lutte contre le changement climatique et aux risques pour la santé publique.
Pollution locale et effets sur la santé
Au niveau local, dans les zones d’élevage intensif, on observe des concentrations élevées d’ammoniac et de particules fines (PM2,5), issues à la fois des émissions directes et de la formation d’aérosols secondaires à partir de l’ammoniac.
La proximité des exploitations intensives est associée à une irritation des yeux et des voies respiratoires, à une exacerbation de l’asthme infantile et à un risque accru de problèmes respiratoires pour les travailleurs et les résidents des zones rurales proches. Ces foyers locaux peuvent contribuer à des épisodes de pollution régionale : l’ammoniac d’élevage réagit avec les oxydes d’azote et de soufre pour former une part importante des PM2,5 anthropogéniques dans les régions industrialisées.

Le méthane émis par la fermentation entérique et la gestion du fumier a un potentiel de réchauffement bien supérieur à celui du CO2.
Surveillance environnementale : comment mesurer et gérer les émissions agricoles
La surveillance environnementale des émissions agricoles est passée de l’analyse académique à une outil opérationnel indispensable pour se conformer à des réglementations telles que la Directive sur les émissions industrielles et aux objectifs de la Politique agricole commune (PAC) post-2027 de l’Union européenne.
Les capteurs à distance, les réseaux de stations fixes et les plateformes comme celle du Centre européen pour l’innovation en matière de transformation industrielle et d’émissions (INCITE) permettent non seulement de quantifier en temps réel le méthane, l’ammoniac et d’autres polluants atmosphériques, mais aussi d’optimiser les stratégies d’atténuation dans les exploitations d’élevage grâce à des données à haute résolution temporelle et spatiale, traçables et fiables. C’est aussi la manière de transformer la mesure précise des émissions en un facteur de compétitivité pour le secteur.
Quels gaz doivent être mesurés et pourquoi
Le méthane est le principal sous-produit de la fermentation entérique réalisée par le système digestif des ruminants. Il est également généré lors de la digestion anaérobie dans les fosses à lisier. Son émission nécessite une surveillance continue en raison de son fort potentiel de réchauffement global (PRG) et de sa contribution de 30 à 40 % aux émissions agricoles de gaz à effet de serre (GES) en Europe.
Dans le contexte du méthane agricole, un PRG élevé signifie qu’1 kg de CH4 retient 27 à 30 fois plus de chaleur qu’1 kg de CO2 sur 100 ans, ou jusqu’à 84 fois sur 20 ans, ce qui justifie sa priorité dans la surveillance continue malgré sa durée de vie atmosphérique courte (environ 12 ans).
L’ammoniac, volatilisé à partir des lisiers frais et des engrais azotés, est un gaz prioritaire dans la surveillance de l’air en raison de son rôle précurseur des PM2,5 secondaires et de son impact sur l’eutrophisation des écosystèmes. Ses émissions représentent jusqu’à 90 % de l’ammoniac total présent dans l’air des pays à élevage intensif.
Le CO2 et les composés organiques volatils (COV) proviennent des sols par la respiration racinaire et la décomposition de la matière organique des cultures. Leur présence est aggravée par le travail du sol et la compaction due à la sécheresse et au passage de machines agricoles lourdes.
Dans le cas d’un gaz toxique et odorant tel que le H2S (sulfure d’hydrogène), ses émissions sont générées comme sous-produit naturel de la digestion anaérobie de la matière organique riche en soufre, comme le fumier ou les déchets agro-industriels traités dans des biodigesteurs pour produire du biogaz. Ce gaz, à l’odeur désagréable, influence directement l’acceptation sociale des exploitations agricoles.
Mesurer ces gaz et composés avec précision permet de répondre aux exigences réglementaires, mais aussi d’identifier d’éventuelles fuites ponctuelles et de favoriser l’optimisation du cycle des nutriments dans les installations de production.
Le débat sur la question de savoir si l’élevage est le principal contributeur aux émissions de GES s’est intensifié depuis le rapport de la FAO de 2006, « L’ombre portée du bétail ». Le problème a continué de croître, opposant l’importance de l’industrie pour la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance ; par conséquent, la surveillance des émissions de GES de ce secteur est essentielle. Nugrahaeningtyas, E., Lee, J. S., & Park, K. H. (2024).
Technologie des capteurs et stations environnementales
Il est prouvé que la surveillance continue des émissions agricoles répond à la nécessité d’obtenir des données en temps réel permettant le respect de la réglementation et, surtout, l’optimisation opérationnelle sur le terrain. Ce sont les exploitations elles-mêmes où les variations quotidiennes de température ou de vent multiplient les fuites de polluants dans l’air.
La surveillance présente un avantage par rapport aux méthodes manuelles, qui comportent des erreurs de 10 à 26 % dues à la calibration et à des retards de plusieurs jours. Elle utilise des capteurs électrochimiques et optiques offrant une traçabilité horaire, une validation automatique et une corrélation avec les conditions météorologiques, conformément à des directives telles que la Directive IED et aux normes MCERTS.
La surveillance continue fournit des données sous forme de séries temporelles complètes, détecte précocement les pics d’émission et réduit les coûts opérationnels à long terme, en garantissant un taux de données valides supérieur à 95 %, même dans les environnements ruraux les plus complexes.
Les capteurs électrochimiques équipant les stations de surveillance pour des gaz comme le NH3 et le H2S détectent les réactions redox (réduction-oxydation) avec une précision de l’ordre de la partie par billion (ppb). Les capteurs optiques, tels que les lasers/NDIR pour détecter le CH4 et les COV, mesurent l’absorption spectrale sans contact, en compensant les interférences dues à l’humidité ou à la température à l’aide d’algorithmes propriétaires.
Les stations Kunak AIR Pro peuvent intégrer jusqu’à cinq capteurs de gaz interchangeables (CH4, NH3, H2S, COV) ainsi que des capteurs de particules PM1 / PM2,5 / PM10 certifiés MCERTS. Elles incluent également des paramètres météorologiques et peuvent fonctionner de manière autonome grâce à l’énergie solaire, ce qui facilite leur déploiement dans des zones dépourvues d’alimentation électrique, comme les fosses à lisier ou les étables.
Données dans le cloud et analyse intelligente
La plateforme Kunak AIR Cloud transforme les données collectées en cartes thermiques, en rosaces de pollution (représentations polaires montrant la direction et la fréquence d’arrivée des polluants sur une station de mesure, combinant vitesse du vent, direction et concentrations de gaz ou de particules) et en alertes automatiques géolocalisées. Cela permet d’identifier les points d’émission de NH3 près des fosses ou d’analyser les tendances de CH4 selon les cycles d’alimentation du bétail.
Grâce aux algorithmes, les émissions sont corrélées avec des variables météorologiques telles que le vent, la température et l’humidité relative de l’air, prévoyant les pics de pollution et optimisant la ventilation ou la couverture des réservoirs en temps réel.
Les rapports automatiques, générés quotidiennement ou hebdomadairement par la plateforme Kunak Cloud, assurent une traçabilité ESG qui confirme la durabilité des installations pour les certifications, les propriétaires ou les investisseurs.
En outre, elle facilite la conformité à la PAC (Politique agricole commune de l’UE), qui impose la réduction du NH3, ainsi qu’à la Directive IED sur les émissions industrielles, obligatoire pour les exploitations comptant plus de 40 000 volailles ou plus de 2 000 porcs.
Les API (Interfaces de programmation d’applications) sont des ensembles de protocoles permettant à différents logiciels de communiquer et d’échanger automatiquement des données normalisées. Les données sont transférées directement vers les systèmes de gestion d’entreprise (ERP) tels que SAP ou SCADA (contrôle industriel des processus, activant automatiquement les ventilateurs lorsqu’un pic est détecté). Ces fonctions permettent un calcul réel de l’empreinte carbone, par animal ou par lot, pour générer des rapports ESG justifiant les aides de la PAC, exporter des données vers des inventaires nationaux comme le SEI espagnol ou déclarer officiellement les émissions de GES, tout en optimisant les achats d’intrants à faibles émissions.

Maintenir les vaches en pâturage en plein air pendant 200 à 300 jours par an réduit le méthane de 25 % par kilo ingéré et améliore la teneur en protéines du lait.
Stratégies d’atténuation et bonnes pratiques dans le secteur agro-élevage
La réduction des émissions dans le secteur agro-élevage est passée de pratiques volontaires à de stratégies désormais obligatoires pour accéder aux fonds de la PAC et se conformer à la directive IED révisée, où la diminution du NH3 et du CH4 est mesurée en pourcentages concrets et vérifiables. Des additifs alimentaires aux biodigesteurs et capteurs IoT, les exploitations qui intègrent ces technologies non seulement réduisent leur empreinte atmosphérique, mais génèrent aussi des revenus supplémentaires grâce au biogaz et aux certifications ESG.
Nous analysons ci-dessous certaines interventions capables de transformer les déchets en ressources agricoles tout en optimisant la productivité grâce aux données précises obtenues par la surveillance de la qualité de l’air dans les installations.

La réduction des émissions dans le secteur agro-élevage est passée de pratiques volontaires à des stratégies désormais obligatoires.
Optimisation de l’alimentation et de la digestion du bétail
L’ajout d’additifs naturels tels que les algues Asparagopsis (bromoforme), les huiles essentielles et les tanins dans l’alimentation du bétail module la microbiote ruminale, inhibant les méthanogènes et réduisant le CH4 entérique jusqu’à 30 % sans compromettre la qualité de l’alimentation ni altérer la production laitière.
Un additif alimentaire comme le 3-NOP ou 3-nitrooxypropanol (Bovaer®), approuvé par l’EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments) en 2022 comme le premier inhibiteur sélectif du méthane entérique chez les ruminants, agit en bloquant une enzyme des archées méthanogènes. Ces micro-organismes strictement anaérobies produisent du méthane comme sous-produit métabolique en absence d’oxygène, comme dans le rumen des ruminants. L’action de cet additif réduit les émissions de CH4 de 20 à 30 % chez les vaches laitières et jusqu’à 45 % chez les vaches à viande, sans affecter la production ni transmettre de résidus au lait ou à la viande, car il se dégrade en 3 à 4 heures.
La sélection génétique permet d’identifier des lignées de ruminants présentant une plus faible activité méthanogène, comme les vaches frisonnes ou Holstein à faible production de CH4 (jusqu’à 15–20 % de moins par kilo de lait), grâce à des marqueurs génomiques favorisant un rumen plus efficace. Le croisement de taureaux d’élite avec des animaux à digestion plus « propre » donne naissance à des générations présentant une réduction de 10–12 % des émissions sans compromettre les performances de production.
Maintenir les vaches au pâturage pendant 200 à 300 jours par an remplace jusqu’à la moitié du fourrage concentré par de l’herbe fraîche. Cela réduit le méthane de 25 % par kilo ingéré et améliore la teneur en protéines du lait (+0,2–0,3 %). La rotation des pâturages optimise la couverture végétale tout en favorisant le bien-être animal et en réduisant de 15–20 % les coûts liés aux compléments alimentaires. Ensemble, ces actions entraînent une diminution des émissions de gaz polluants, un bénéfice économique accru et un retour sur investissement en 2–3 cycles de production.
Gestion avancée du lisier et du fumier
L’installation de couvercles flottants sur les fosses à lisier empêche l’entrée d’oxygène et capte le NH3 et le CH4, permettant une réduction des émissions de 60 à 80 % selon qu’on utilise des géomembranes rigides ou flexibles. Les biofiltres et séparateurs de phases stabilisent le fumier avant son utilisation comme engrais.
La digestion anaérobie réalisée dans les biodigesteurs transforme le lisier en biogaz, rendant 60 % du CH4 valorisable. Ce biogaz peut être utilisé pour produire de l’électricité ou alimenter des systèmes de chauffage en autoconsommation, tout en produisant du digestat – le résidu riche en nutriments (azote, phosphore, potassium) issu de la digestion anaérobie, une fois le biogaz extrait. Ce digestat sert de fertilisant organique stable, avec une faible proportion d’azote volatil (moins d’odeurs et de pathogènes que le lisier brut) et améliore la qualité des sols. Il s’agit d’un moyen efficace de boucler le cycle des nutriments tout en respectant les limites de la directive IED applicables aux exploitations intensives.
Agriculture de précision et contrôle environnemental
Dans le domaine agricole, l’utilisation de capteurs IoT permet de contrôler l’humidité du sol, le pH et l’évapotranspiration afin de définir des irrigations contrôlées à débit variable qui minimisent le lessivage des nitrates et la libération de COV. Les capteurs peuvent également réguler l’activation de la ventilation dans les bâtiments d’élevage afin de diluer le NH3 selon la direction du vent et la température ambiante.
Il existe également des plateformes intégrées combinant les données de surveillance de l’air avec celles du sol (humidité et azote) et de l’eau (nutriments), permettant de prédire les émissions et d’optimiser l’utilisation des engrais selon la surface à fertiliser. Dans les fermes intelligentes, cette convergence permet de réduire les intrants de 20 à 30 % et d’anticiper les pics de pollution grâce aux alertes prédictives.
Réglementations et engagements internationaux sur les émissions agricoles
La pression réglementaire sur les émissions agricoles s’est intensifiée, donnant lieu à des engagements contraignants qui font de la réduction du NH3 et du CH4 une condition essentielle pour accéder aux subventions et participer au commerce international. Des directives nationales aux stratégies mondiales, le secteur agro-élevage est désormais soumis à des délais précis et à des indicateurs vérifiables encourageant la transition vers des modèles circulaires.
La Directive NEC (UE) 2016/2284 fixe des limites nationales strictes pour le NH3 (réduction de 11–19 % par rapport à 2005) et pour le méthane agricole, imposant l’élaboration de plans d’action nationaux dans chaque État membre, appuyés sur des inventaires annuels et des sanctions en cas de non-respect. Le règlement IED (Directive 2010/75/UE, mise à jour en 2024) oblige les grandes exploitations intensives (celles comptant plus de 40 000 volailles ou 2 000 porcs) à obtenir une autorisation environnementale intégrée auprès des autorités compétentes, comme toute installation industrielle.
Pour obtenir cette autorisation, elles doivent appliquer les MTD (Meilleures techniques disponibles) comprenant des couvercles sur les fosses, des biofiltres ou acidificateurs réduisant le NH3 jusqu’à 70 %, ainsi qu’une surveillance par capteurs en fonctionnement continu (et non par échantillonnages annuels), validée pour le rapport en ligne des émissions. Le non-respect entraîne des amendes ou la fermeture de l’exploitation, tandis que la conformité permet d’accéder aux aides de la PAC et de réduire les coûts à moyen terme.
La stratégie « De la ferme à la table » encourage les exploitations agricoles utilisant 20 % d’engrais azotés en moins et 50 % de pesticides en moins d’ici 2030. Cela permet d’intégrer l’élevage au Pacte vert européen grâce à des dispositifs de la PAC favorisant les biodigesteurs et les régimes faibles en CH4. Par ailleurs, les programmes de compensation carbone volontaires (Verra, Gold Standard) permettent aux exploitations de certifier des réductions mesurables, en valorisant le digestat ou par le biais de pâturages extensifs reconnus sur les marchés émergents.

L’exploitation agro-élevage doit être une activité industrielle alliée à un air local plus propre.
Cadre réglementaire européen pour les émissions d’élevage
Ce tableau résume les principaux seuils d’émission, valeurs de référence et objectifs de réduction applicables à l’élevage dans l’Union européenne. Il regroupe les critères établis par la Directive sur les émissions industrielles (IED), la Directive NEC et les méthodologies du GIEC (IPCC), avec une attention particulière portée à des polluants clés tels que l’ammoniac (NH3) et le méthane (CH4). L’objectif est d’offrir une vue claire des exigences réglementaires, des niveaux de référence et des réductions réalisables grâce à l’application des meilleures techniques disponibles.
Limites d’émission et valeurs de référence pour l’élevage dans l’UE
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|---|---|---|---|---|
| Polluant | Source / Réglementation | Seuil / Limite | Valeur de référence | Objectif de réduction |
| NH3 | IED BAT (porcin) | > 2 000 places | 2,2 kg NH3 / place animale / an | Jusqu’à 70 % avec MTD |
| NH3 | IED BAT (aviculture) | > 40 000 volailles | 0,13–0,3 kg NH3 / place animale / an | Jusqu’à 60 % avec MTD |
| NH3 | Directive NEC Espagne 2030 | National | Objectif de réduction de 16 % par rapport à 2005 (−400 kt) | −16 % |
| CH4 | Fermentation entérique (bétail) | GIEC – Niveau II (Tier II) | 100–200 kg CH4 / tête / an (production laitière) | 20–30 % avec additifs |
| NH3 | Seuil IED pour les exploitations | Grandes exploitations intensives | Autorisation requise | Application des MTD |
Avantages de la surveillance environnementale pour le secteur agricole
La surveillance environnementale appliquée au secteur agro-élevage réduit les pertes en détectant précocement les pics de NH3 et de CH4. Une baisse de 10 % de la volatilisation équivaut à 50–100 € d’économie d’engrais par hectare cultivé. Elle entraîne également une réduction de la corrosion des infrastructures et une optimisation de la ventilation, ce qui diminue la consommation énergétique de 15 à 20 %.
Des données précises et traçables permettent de planifier les cycles d’alimentation (moins d’émissions de CH4 entérique), de réguler les irrigations variables et d’adapter le traitement du lisier selon la direction du vent et l’humidité de l’air. Le résultat est une production optimisée : plus de lait par hectare avec 20 % d’intrants en moins, tout en alignant la production sur les objectifs climatiques.
L’agriculture et les systèmes alimentaires ont un impact profond sur l’atmosphère, principalement par les émissions importantes de composés azotés réactifs issus des terres cultivées et des systèmes d’élevage, mais aussi par d’autres polluants atmosphériques tels que les particules primaires (PM), le monoxyde de carbone (CO), le méthane (CH4), le SO2 et les COV, provenant des brûlages agricoles, de l’utilisation énergétique du système alimentaire dans son ensemble et de la déforestation pour dégager des terres agricoles. Tai, A.P.K., Luo, L. et Luo, B. (2025).
Les plateformes telles que Kunak AIR Cloud facilitent l’obtention de certifications (ISO 14001, empreinte carbone) et de crédits volontaires (Verra), permettant ainsi de monétiser les exploitations grâce à des réductions allant jusqu’à 50 €/t CO2éq, tout en facilitant l’accès aux subventions de la PAC couvrant 30 à 40 % de l’investissement en capteurs et stations de surveillance environnementale.
Enfin, et c’est tout aussi important, la surveillance contribue à améliorer les relations avec la communauté locale, les voisins et les autorités grâce à des alertes prédictives qui préviennent les plaintes liées aux odeurs, assurent la transparence via des cartes publiques de la qualité de l’air, et renforcent la confiance en positionnant l’exploitation agro-élevage comme une activité industrielle alliée à un air local plus propre.

Dans les zones d’élevage intensif, on observe des concentrations élevées d’ammoniac et de particules fines (PM2,5).
Foire aux questions sur l’élevage, les émissions et la qualité de l’air
Quels gaz polluants sont générés par l’élevage ?
L’élevage émet principalement du méthane (CH4), un gaz à effet de serre très puissant libéré lors de la digestion des ruminants. Il produit également de l’ammoniac (NH3), responsable d’odeurs désagréables et de la formation de particules fines dans l’atmosphère, ainsi que divers oxydes d’azote (NOx) issus de la gestion du fumier et des engrais.
Outre ces gaz, l’activité d’élevage génère des particules en suspension (PM) et des composés organiques volatils (COV) qui altèrent la qualité de l’air. Ensemble, ces émissions influencent à la fois le changement climatique et la pollution atmosphérique locale.
Comment les émissions d’élevage affectent-elles la santé humaine ?
Les émissions d’élevage favorisent la formation de particules fines et d’ozone troposphérique, deux polluants capables de pénétrer profondément dans le système respiratoire. L’exposition prolongée à ces composés est associée à une irritation pulmonaire, à une augmentation des symptômes asthmatiques et à un risque accru d’infections respiratoires.
Ces polluants ont également un impact sur la santé cardiovasculaire, les particules fines pouvant pénétrer dans la circulation sanguine et contribuer à l’hypertension ou à des dommages cardiaques. Dans l’ensemble, la pollution issue de l’élevage constitue un facteur supplémentaire de risque pour la santé publique.
Quelles solutions existent pour réduire les émissions agricoles ?
La réduction des émissions agricoles passe par une meilleure gestion du fumier, en appliquant des techniques qui minimisent la libération des gaz et améliorent leur stockage et leur traitement. Il est également essentiel d’améliorer la ventilation dans les bâtiments d’élevage pour disperser les polluants et réduire leur concentration.
En outre, ajuster l’alimentation animale peut réduire la production de méthane, tandis que l’utilisation de capteurs permet de détecter en temps réel les fuites ou les concentrations élevées de polluants, afin de réagir rapidement. Ensemble, ces mesures contribuent à rendre l’agriculture plus durable et moins impactante pour l’environnement.
Pourquoi est-il important de surveiller les gaz agricoles ?
La surveillance des gaz agricoles est essentielle car elle fournit des données précises permettant d’évaluer l’état réel des émissions et de prendre des décisions éclairées. Ces informations aident à identifier les problèmes, ajuster les pratiques et améliorer l’efficacité des exploitations sans dépendre d’estimations incertaines.
De plus, mesurer ces gaz aide à se conformer à la législation environnementale et à optimiser les processus de production, réduisant ainsi leur impact sur l’environnement. Grâce à un suivi adéquat, les exploitations peuvent progresser vers des modèles plus durables et compétitifs.
Quelle technologie Kunak propose-t-elle pour le secteur agricole ?
Kunak fournit des systèmes modulaires capables de surveiller des gaz tels que CH4, NH3, CO2, H2S et COV, ainsi que les particules en suspension (PM), conçus pour s’adapter à différents besoins au sein des exploitations agricoles et d’élevage. Ces équipements permettent des mesures précises et continues, même dans des environnements complexes. Kunak dispose également d’une plateforme d’analyse avancée traitant les données en temps réel, facilitant la gestion des émissions et la prise de décision. Ces outils permettent aux producteurs d’optimiser leurs opérations et de réduire leur impact environnemental de manière efficace.

Les exploitations d’élevage qui intègrent des technologies pour réduire leurs émissions minimisent leur empreinte atmosphérique et génèrent des revenus supplémentaires grâce au biogaz et aux certifications ESG.
Vers un élevage qui respire propre
L’élevage et l’agriculture ne sont plus synonymes d’émissions incontrôlées mais deviennent de véritables laboratoires vivants de l’innovation atmosphérique, où chaque capteur, additif et couverture flottante trace la voie vers un secteur productif conforme à la réglementation, optimisant les coûts et générant de la valeur sociale.
La numérisation du secteur agricole, avec des plateformes comme Kunak AIR Cloud intégrant les données de polluants tels que NH3, CH4 et PM2,5 basées sur des mesures à haute résolution (minute/heure, géolocalisées) capturant les variations réelles plutôt que des moyennes mensuelles, émerge comme un levier décisif pour la durabilité. Elle réduit l’empreinte carbone des installations de 20 à 30 %, garantit l’obtention des primes de la PAC et positionne les exploitations agro-élevage comme références ESG reconnues pour leur traçabilité vérifiable.
Compter sur des partenaires stratégiques comme Kunak permet aux agriculteurs et institutions d’accroître leur productivité, de protéger la santé communautaire et d’obtenir un avantage concurrentiel. Une surveillance continue permet des décisions fondées sur des données réelles. L’agriculture qui nous nourrit devra aussi respirer avec le monde.
Références
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- Pardo, G., del Prado, A., Fernández-Álvarez, J., Yáñez-Ruiz, D.R. et Belanche, A. (2022). Influence of precision livestock farming on the environmental performance of intensive dairy goat farms. Journal of Cleaner Production, 351. https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0959652622011386
- Nugrahaeningtyas, E., Lee, J. S., & Park, K. H. (2024). Greenhouse gas emissions from livestock: sources, estimation, and mitigation. Journal of Animal Science and Technology, 66(6), 1083–1098. https://doi.org/10.5187/jast.2024.e86
- EmiLi24 Symposium (2024). 5th International Symposium on gas and dust emissions from livestock. https://emiliconference.com/wp-content/uploads/2025/01/Book_of_abstracts_EmiLi24.pdf
- Jaisli, I. et Brunori, G. (2024). Is there a future for livestock in a sustainable food system? Efficiency, sufficiency, and consistency strategies in the food-resource nexus. Journal of Agriculture and Food Research, 18. https://doi.org/10.1016/j.jafr.2024.101496
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